Figaroscope 2001

Traits de femmes par Jean—Louis Pinte

« Dessiner est une manière de penser. » Cette remarque de l’artiste Erik Dietman est certainement une des plus pertinente qui soit. Rien de mieux que le dessin pour traduire une idée, une fulgurance, un désir. Le dessin c’est d’abord un aveu, une confidence juste avant le repentir, qui peut mener jusqu’au tableau ou à l’installation. Ce dessin, on le croyait disparu des écoles des Beaux—Arts. Erreur ! Depuis quelques années les étudiants en réclamaient l’apprentissage. Mieux : ils exigeaient des modèles pour s’exercer à l’académie.

C’est pourquoi il est bon de s’arrêter quelques instants devant la vidéo qui ouvre l’exposition « Dessin en cours », travaux des élèves de l’école, sous l’impulsion de Francois Bouillon coordonnateur de cet enseignement. On y voit des étudiants dessiner d’après modèle sur d’immenses tableaux noirs. Gestes frénétiques, traits rapides, volonté de capter l’essentiel d’une pose, d’une expression. Ils accèdent à une véritable liberté de créer. D’être vraiment eux—mêmes. Ils prennent aussi conscience de ce que peut raconter le dessin. Un récit à lui tout seul. En témoignent Kathrine Svensby avec ses personnages mutilés, isolés, hantés par la mort. Elsa Sahal participe de la même appréhension face au réel. Ce sont comme des ponctuations d’objets, de membres. Julie Oredam traduit la solitude par le simple trait d’une silhouette et Annie Frindel Morris esquisse des rêves qui sont toujours près du cauchemar. Tandis que Pernelle Duvillet cache derrière un dessin maladroit une véritable intimité. Le dessin semble être ici une affaire de femmes. Elles ont la force et le courage de tout dire.

Dessin en cours. Ecole nationale supérieure des beaux—arts. 13, quai Malaquais (6°). Jusqu’au 31 mars.

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