Bourg—la—Reine magazine Avril 2011

Mélancolie picturale, propos recueillis par Philippe Ancelin, Maire adjoint à la Jeunesse, à la Politique de la Ville et au Patrimoine.

Pernelle Duvillet expose au Cael, du 4 au 30 avril, et à la galerie des Colonnes, du 5 avril au 9 mai.

Après des études littéraires, Pernelle Duvillet intègre l’Ecole nationale supérieure des Beaux—Arts dont elle sort diplômée. Tour à tour galeriste, artiste, elle peint des paysages urbains, des coins de rue, des bars. Si, parfois, elle se sert d’images comme documentation, il y a surtout la puissance de ses souvenirs, sa fine observation du réel. Les mots de mac Orlan, de Prévert, les images de Brassai et de Doisneau nous reviennent, se retrouve dans une œuvre totalement actuelle, empreinte de poésie et d’humanisme.

Pourquoi ce choix du café ?

On trouve des bars à tous les coins de rue, signalés par une enseigne ou des lettres en néon au—dessus de la terrasse. À travers eux, je donne un portrait mélancolique de la ville, hors des transports et des rythmes de travail intenses.

Est—ce l’histoire de Paris que vous racontez au travers de vos œuvres ?

C’est un pan important de son histoire, mais ce sont aussi des bars—tabac, perdus au centre de la France, que je cherche à dépeindre. Je ressens la nécessité de remonter le temps… à travers les livres, mais aussi les murs, ce qui suinte des murs, les archives, la mémoire. Je pense qu’à travers ces lieux on peut ressentir, percevoir des morceaux de vie qui se sont déroulés là, semblant ne laisser aucune trace. Ce sont les lieux de passage… comme les gares, en fait, autre thème que j’ai hésité à choisir, d’ailleurs.

Vos peintures ont—elles une part autobiographique ?

Certaines œuvres que je présente ici évoquent, ou tentent d’évoquer, la convivialité de ces endroits, au chaud, où j’ai bu un verre, retrouvé des amis. Mais j’essaie aussi de représenter des cafés et des rues que je ne connais pas, ou mal. Je les vole à quelqu’un. Voyage sans une région où je ne suis pas née, dans un quartier où je n’ai pas grandi. J’entre dans des cafés où je n’ai pas passé ma jeunesse. J’espère réussir de temps en temps à tomber juste, c’est—à—dire parvenir à retrouver une atmosphère, un temps de pluie, la couleur d’un immeuble. La luminosité d’une place, le samedi après—midi, quand elle est encombrée de voitures et de monde.

Votre travail est à la fois explicite et synthétique

J’espère ne jamais refermer l’imaginaire dans une représentation figée, creuse, mais au contraire ouvrir des portes… Je m’intéresse aux coincidences et lutte, à inégalité, contre le hasard. Ce qui me passionne dans l’art est cette dimension difficile à définir que j’apparente à la voyance.

Par exemple, sans passéisme, je cherche à retrouver le Paris d’autrefois. À partir de ce qu’il en reste, de ses vestiges, présents aujourd’hui. Pour sortir des clichés, justement, des images toutes faites et sans cesse reprises. Car la réalité est populeuse, embrouillée, sale et douloureuse, et c’est ce qui est le plus vivant.

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